La stratégie du choc

Lecture studieuse cet été : LA STRATÉGIE DU CHOC de Naomi Klein (LEMEAC/ACTES SUD).
Naomi Klein s’était fait connaître en 2002 avec son livre NO LOGO qui s’attaquait aux grandes marques multinationales.

Avec son nouveau livre, elle dénonce les méfaits de l’ultralibéralisme capitaliste mis en oeuvre à l’occasion de catastrophe naturelles ou politiques.

La cible de Naomi Klein est l’école de Chicago, les disciples de Milton Friedmann, soit les ultralibéraux. Leurs principes :

  • déréglementation totale des prix
  • privatisation de toute activité sociale ou économique (la santé, l’éducation, etc.)
  • réduction de l’état à son rôle régalien (l’armée, la justice et encore).
  • un seul arbitre : le marché, un seul objectif : le profit.

Lecture studieuse cet été : LA STRATÉGIE DU CHOC de Naomi Klein (LEMEAC/ACTES SUD).
Naomi Klein s’était fait connaître en 2002 avec son livre NO LOGO qui s’attaquait aux grandes marques multinationales.

Avec son nouveau livre, elle dénonce les méfaits de l’ultralibéralisme capitaliste mis en oeuvre à l’occasion de catastrophe naturelles ou politiques.

Voilà leur vision d’une société harmonieuse. Dans tous les pays où ils ont été appliqués, ces principes ont toujours entraîné un chômage massif, un appauvrissement important de la fraction la plus fragile de la population ainsi qu’un enrichissement important de la classe possédante.
Il est donc difficile de faire accepter cette thérapie de choc à un peuple, à une nation. D’où l’idée de l’appliquer à l’occasion d’un traumatisme, d’un choc provoqué par un coup d’état, une catastrophe naturelle ou une guerre.
C’est ce que Naomi Klein appelle le « capitalisme du désastre ».

Elle fait le parallèle avec les recherches d’un psychiatre américain, Ewen Cameron, dont la théorie consistait à « effacer » le contenu du cerveau d’un patient à l’aide d’électrochocs à très haute dose, de drogues diverses. Une fois la mémoire du patient « effacée », on pouvait reprogrammer son comportement, croyait-il.
Précisons que le docteur Cameron de l’université MacGill de Montreal agissait sans le consentement de ses patients avec des crédits de la CIA qui était très intéressée par ses recherches.Les expériences de Cameron faisaient partie du programme MKUltra qui avait pour but d’expérimenter des manipulations mentales sur des sujets non-volontaires. Ce projet a, entre autre, produit un manuel d’instruction pour les interrogateurs de la CIA incluant diverses techniques de torture physique ou psychique. D’après N. Klein ce manuel est encore en usage, notamment à Guantanamo.

Comme Cameron « effaçait » la mémoire de ses patients, comme la CIA désoriente ses prisonniers, les tenants du « capitalisme du désastre » se jettent sur un pays qui vient d’être traumatisé pour lui appliquer leur principes.

Les exemples que donne Nami Klein sont nombreux et troublants. Elle commence par le Chili de Pinochet. Ces économistes (les « Chicago boys ») sont arrivés en même temps que les « conseillers » militaires américains. Très vite le chômage a été massif au Chili, les pauvres de Santiago avaient du mal à se nourrir et comme la répression était implacable aucune révolte n’était possible.

Le livre explore d’autre pays sud-américains qui ont connu de tels épisodes : l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, etc.

D’autres pays ont connu une libération de la dictature, et c’est à ce moment que les ultralibéraux qui ont infiltré le FMI (Fonds Monétaire International) et la Banque Mondiale leur ont mis le grappin dessus. Quand la Pologne s’est libérée du joug de Jaruzelsky, quand l’Afrique du Sud a vaincu l’apartheid, ces deux pays se sont retrouvés avec une dette colossale laissée en héritage par les gouvernements qui avaient opprimé la population.
Les leaders de Solidarité comme ceux de l’ANC se sont laissés convaincre de payer cette dette qui correspondait à des fonds que les prédécesseurs avaient sortis du pays pour pouvoir bénéficier des crédits des occidentaux.
Ils ont appliqué les recettes vus ci-dessus.
Si la Pologne commence à s’en sortir grâce notamment à l’union européennne, l’Afrique du Sud s’enfonce dans un gouffre de criminalité et de corruption.

Les recettes de l’école de Chicago ont également été appliquées à la Russie après l’attaque du Parlement russe par Eltsine. Tout le monde se rappelle le chaos provoqué par cette politique : corruption généralisée, accaparement par les oligargues des ressources du pays, disparition de sommes pharamineuses dans les poches de la mafia russe.

Dans le cas du Sri Lanka le choc a été le tsunami. Très vite après les destructions, des promoteurs ont pris possession des plages du pays au détriment des pêcheurs qui y vivaient depuis des générations et qu’on a déplacé sous prétexte de les mettre en sécurité, avec la complicité du gouvernement du pays.

L’exemple le plus récent que donne Naomi Klein ne concerne pas une traumatisme que les ultralibéraux ont mis à profit pour faire main basse sur l’économie d’un pays mais un traumatisme provoqué sciemment. Il s’agit de la guerre d’Irak. Il est clair maintenant que l’administration Bush a menti de bout en bout sur les raisons de cette guerre.
Il est clair, également que le pays a été plongé dans le chaos, la guerre civile mais que des entreprises américaines ont englouti 200 milliards de dollars payés par les contribuables américains pour, paraît-il, redresse le pays. Cet argent a disparu et la plupart des Irakiens n’ont toujours pas d’eau potable, d’électricité ni de soins médicaux dignes de ce nom. Quelques exemples : Halliburton, Blackwater, Carlyle Group.
On assiste là à la privatisation ultime, celle de la guerre, puisqu’il y a autant de mercenaires en Irak sinon plus que de soldats américains.

Il faut dire que les arguments de Naomi Klein sont très convaincants. La plupart des situations qu’elle décrit sont connues et anciennes.
Sous couvert d’une doctrine censée améliorer le fonctionnement de l’économie d’un pays, il s’agit surtout de rendre les riches de plus en plus riches, de transformer la population en réservoir de main d’œuvre servile.
La mise en pratique des recettes de l’école de Chicago s’accompagne toujours d’une baisse des libertés publiques plus ou moins visible.

Vous trouverez un très bon résumé vidéo du livre ici.

Si la France, l’Europe n’est pas dans une situation de choc, de traumatisme comme les pays mentionnés dans le livre de Naomi Klein, il convient cependant d’être vigilant. Notre continent est indéniablement en crise et parallèlement on constate les symptomes que décrit N. Klein :

  • On cherche à tout prix à nous convaincre que le privé fera mieux que le service public pour nous fournir l’eau, l’électricité, pour transporter notre courrier, bientôt pour l’assurance maladie et l’éducation de nos enfants.
  • On cherche à culpabiliser ceux qui n’ont pas de travail, ceux qui osent défendre leurs droits, qui revendiquent.
  • Les libertés publiques baissent dans notre (nos) pays : fichage généralisé, fichage ADN, surveillance vidéo, chasse aux sans papiers.
  • On passe outre la volonté des peuples : les Français et les Hollandais ont refusé le traité constitutionnel, on fait voter les parlementaires. Les Irlandais l’ont refusé aussi, ils revoteront jusqu’à ce qu’ils acceptent. Les Européens, dans leur ensemble, finiront par « bouffer » des OGM, même si très majoritairement ils n’en veulent pas.

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