Le retour de la lutte des classes

En cette fin mai, en agitant pendant des mois l’épouvantail grec, en insistant sur l’intransigeance de madame Merkel, on nous a bien préparé à supporter un plan de rigueur qui n’ose dire son nom et à travailler plus longtemps pour une plus petite retraite. Je ne résiste pas à la tentation de reproduire un article de Bernard Maris dans Charlie Hebdo du 19 mai 2010. Dans le monde politique, vous trouverez le même genre d’analyse dans les dits et les écrits de Jean-Luc Mélenchon, leader du Parti de Gauche, loin de la servilité des « journalistes » des grands médias dont l’objectif semble être de nous faire gober la pilule amère tout en nous vendant le président du FMI comme leader de la gauche.

 

Le retour de la lutte des classes

Entre la dette sociale, somme d’argent due par tes États aux citoyens, et la dette financière, somme d’argent due aux rentiers, les gouvernements ont choisi la seconde. Dette financière contre dette sociale, c’est classe contre classe.

La crise a ceci de merveilleux qu’elle autorise à appeler les choses par leur nom: le marché n’est autre que le capitalisme. La mondialisation, c’est la mâchoire du capitalisme sur l’humanité. Et les « marchés », c’est l’autre nom des rentiers et des épargnants, dont le seul objectif est de faire de l’argent sur le dos de ceux qui n’ont ni rente ni épargne: les salariés. Les mouvements des « marchés » ne sont que les gesticulations plus ou moins cohérentes des capitalistes, destinées à faire cracher de l’argent aux salariés. Le critère pour reconnaître un économiste inféodé aux puissances de l’argent – la plupart te sont – est très simple: il suffit de voir avec quelle gourmandise doublée de servilité apeurée il prononce « les marchés », comme s’il s’agissait de divinités supérieures avec lesquels il faut bien composer. Les marchés ne sont pas des divinités supérieures mais les donneurs d’ordres des détenteurs de capital financier, dont le but est de faire fructifier ce capital. Le but d’un dollar est de faire un peu plus qu’un dollar, c’est tout. Comme le cancer, le capitalisme ne vit que par métastases: il ne survit qu’en transformant tout ce qu’il touche en argent.

Les donneurs d’ordres du capital – les salles des marchés des banques, des hedge funds, fonds qui fonctionnent sur « effet de levier », c’est-à-dire en utilisant les crédits des susdites banques -veulent des intérêts du capital. Pour cela, ils prêtent aux particuliers pour qu’ils achètent des maisons et des voitures. Quand les particuliers se trouvent dans L’impossibilité de rembourser – crise américaine des subprimes -, les banques refilent ces créances désormais non viables aux États, qui les leur rachètent. Ainsi, le sauvetage du système bancaire est un fantastique transfert de créances qui ne valent plus rien aux États, qui eux vont se trouver bien obligés de rembourser à travers Leurs citoyens. C’est une simple socialisation des pertes, de façon que le capital puisse toujours toucher ses intérêts.

Mais là où le jeu est vraiment extraordinaire, c’est lorsque les États en viennent, pour rembourser les créances pourries aux marchés que ces mêmes marchés leur ont refilées, à emprunter aux marchés. Non seulement les États sont cocus, mais en plus ils paient la chambre. Les attaques contre la Grèce veulent dire: « On vous a refilé nos saloperies, maintenant vous allez nous les rembourser, et pour ça, on va vous prêter à des taux indicibles. » La Grèce donne plus de 5 % de son PIB pour payer des intérêts qui partent à L’étranger.

Les États sont en face de leurs citoyens et des rentiers. À leurs citoyens, ils doivent une dette sociale: de L’enseignement public, de la santé, des flics, de ta recherche, etc. Aux marchés, ils doivent des intérêts. Ils choisissent la dette financière plutôt que ta dette sociale. Ils réduisent la dette sociale pour payer les intérêts aux marchés. Ils choisissent les capitalistes au détriment des salariés. Dans la lutte des classes, ils sont du côté du manche.

LA FIÈVRE DE L’ÉCONOMISTE

Certes, parmi ces capitalistes, il y a de petits capitalistes: des fonds de pension, des retraités américains, des détenteurs de contrats d’assurance-vie, etc. Mais l’épargne est surtout constituée de grosses fortunes.

Le problème de cette grosse épargne est que l’État-providence ne lui fournit plus assez d’argent, plus assez d’intérêts. Pour tourner l’État-providence, récupérer de la productivité sur le travail, il faut délocaliser. Pendant trente ans, le capital a réussi à faire cracher de la productivité au travail en délocalisant. La désindustrialisation de la France, de l’Angleterre, de L’Italie résulte de gains de productivité imposés au travail pour assurer des retours sur le capital de 10, 15 ou 20 %.

En ce moment, la France paie 42,5 milliards d’euros d’intérêts au capital. En même temps, l’État français verse 82 milliards d’euros en salaires et frais de fonctionnement. Le rapprochement de ces deux sommes donne la fièvre: l’État donne plus de la moitié de ce qu’il verse en salaires à des gens utiles (des fonctionnaires) à des parasites, à des gens qui font de l’argent en dormant!

François Fillon décide de diminuer les emplois chez les « opérateurs publics » (Météo France, le CNRS, Pôle emploi) de 1,5 % par an, pour continuer à abonder la rente. Hallucinant. On supprime des postes au CNRS pour payer des parasites!

Que cette affaire se termine par la faillite de l’État est une hypothèse à ne plus négliger. Vous direz, oui, mais ce fric donné aux épargnants, les épargnants te recyclent dans l’économie. Faux. Ils le placent dans l’immobilier ou en Bourse, autrement dit : ils le recyclent dans l’origine même de ta rente. Ils accroissent le parasitisme. Dure est la lutte des classes.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.