Lettre à Laurent Joffrin

Monsieur Joffrin,

Vous avez pris la direction de Libération il y a environ trois ans. Moi, je l’achète tous les jours depuis plus de trente ans. Il n’y a qu’un ami que je fréquente depuis plus longtemps que Libé. Ces derniers temps, je me suis cependant plusieurs fois demandé si je n’allais pas rompre mon amitié avec Libé.

Si je lis Libé tous les jours, c’est primo à cause de la rigueur du travail de ses journalistes qui me permettent de mieux comprendre le monde. Comme exemple, je prendrai une enquête récente sur les difficultés de M. Obama à faire passer sa réforme de santé. Loin des raccourcis qu’on peut trouver ailleurs, notamment dans les JT : « Obama contre républicains », cette enquête explore la mentalité américaine pour comprendre pourquoi ils refusent un système genre Sécurité Sociale.
Je pense également aux excellents articles de Jean Quatremer sur l’Europe, mais aussi à beaucoup d’autres.
Je note aussi l’excellente rubrique Intox/Desintox parmi d’autres.

C’est pourquoi je trouve un peu inutiles les quatre pages dont vous avez fait l’honneur à Monsieur Frêche. Je dirais que c’est un peu une constante ces derniers mois que la place accordée aux bisbilles internes au PS occupent bien trop de place dans mon journal.

La deuxième raison, c’est que Libé, je le croyais jusqu’à présent, est de gauche comme moi, c-à-d. qu’il vise un monde plus juste où chacun a le droit de manger à sa faim, d’avoir un toit au-dessus de sa tête, enfin, la base quoi. Mais la vrai gauche, pas la gauche des salons parisiens.

Ces derniers mois je vois cependant des choses qui ne me plaisent guère. Notamment ce cahier spécial de 16 pages le week-end dernier sur la Formule 1. 16 pages sur la Formule 1 dans un journal de gauche ? Vous avez fait une enquête marketing et avez découvert que votre lectorat était accro à la Formule 1 ?

Vous avez dernièrement été un peu brocardé dans un livre : « Les Editocrates ». Je trouve qu’on voit souvent deux de vos co-victimes dans Libération : MM. Alain Duhamel et Bernard-Henri Lévy.

Le second a très souvent l’honneur de vos colonnes, et on nous précise bien à chaque fois qu’il est en partie propriétaire de mon journal.

Le premier sévit tous les jeudi dans Libé avec une chronique aussi inintéressante qu’indigeste, toujours consacrée à nos zommes politiques et à leurs petites manigances. C’est normal, c’est la seule chose qu’il sache commenter. Mais quand ce jeudi, Alain Duhamel s’est permis d’appeler à rendre le vote obligatoire puisque nos hommes politiques sont tellement nuls que plus de la moitié des électeurs ne se déplacent pas, je trouve que ça dépasse les bornes.

Un chroniqueur qui a une chronique hebdomadaire depuis des années réflète forcément peu ou prou l’opinion du journal. Si les gens de Libé pensent à l’opposé d’Alain Duhamel, pourquoi a-t-il cette chronique depuis si longtemps et si les gens de Libé pensent comme lui qu’il faut rendre le vote obligatoire, c’est qu’ils ont basculé du côté de la nomenklatura.

Je tenais à vous donner ces quelques opinions du haut de mes trente-cinq ans de fidélité.

Salutations cordiales

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