Le prix à payer

Film documentaire sorti le 4 février, Le prix à payer a comme sujet le capitalisme financier et l’évasion fiscale. S’il n’apporte pas de révélation fracassante genre Swissleaks, il tente d’attirer l’attention sur le plus grand danger qui guette l’humanité en dehors du changement climatique.

Le prix à payerLe film commence par une séquence d’anthologie : un sénateur américain demande à un représentant d’Apple si la firme possède bien 3 filiales AOI, AOE et ASI.

– Réponse : oui.

– Et où ont-elles leur domicile fiscal ?

– Elles n’ont pas de domicile fiscal.

Une autre séquence savoureuse montre une commission d’enquête de députés anglais auxquels un représentant d’Amazon essaie d’expliquer pourquoi Amazon Luxembourg facture des livres écrits en Angleterre en anglais par des Anglais, imprimés en Angleterre pour être vendus à des clients anglais.

On voit intervenir également des économistes, des responsables d’ONG qui luttent contre l’évasion fiscale, comme Français l’incontournable Thomas Piketty.

Et, pendant une heure et demie, les réalisateurs traquent les capitaux qui trouvent moyen d’échapper à l’impôt dans leur pays d’origine grâce à des paradis fiscaux dont Nicolas Sarkozy nous certifiait en 2009 la disparition.

Quelques infos en vrac :

  • Plus de la moitié de « l’optimisation fiscale » est le fait de la City de Londres. En effet, la plupart des paradis fiscaux sont  des territoires britanniques : îles Caïmans, îles vierges, Bermudes, îles anglo-normandes. En réalité, il n’y a pas un fifrelin qui part dans ces « pays ». Tout est un jeu d’écriture pratiqué à Londres.
  • Aucun gouvernement ne cherche réellement à lutter contre le fléau de l’évasion fiscale. Seule, la pression d’ONG, de mouvements populaires (Occupy) les force à agir.
  • 16 000 milliards de dollars sont « domiciliés » aux îles Caïmans (Grand Caïman est une île de 10 km de long et 2 km de large). On pourrait rembourser 50 fois la dette grecque avec.
  • Les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) sont en pointe dans « l’optimisation fiscale ».
  • Exemple typique d’optimisation fiscale : La filiale guatémaltèque de la multinationale Chiquita vend des bananes pour un prix dérisoire à la filiale de la même firme aux Bermudes. Le Guatemala qui est déjà très pauvre touche très peu de taxes. Chiquita Bermudes revend les mêmes bananes très cher en Europe et ne paie pas d’impôts ou presque aux Bermudes.
  • Exemple GAFA : c’est une filiale situé dans un paradis fiscal qui détient les brevets de nombreux éléments des appareils Apple et les filiales Apple dans le monde paient ces brevets très cher.

Comme l’explique une économiste canadienne dans le film, la mondialisation du capital financier sans mondialisation des législations fiscales nous ramène à une situation d’avant la révolution de 1789, une société féodale.

Avant la révolution française, dans la plupart des pays d’Europe existait une noblesse dispensée d’impôt (le clergé également). Tout le fonctionnement de la société reposait sur le Tiers état (les marchands, les artisans, les paysans).

Dans le rôle de la nouvelle noblesse dispensée d’impôts on trouve les grandes sociétés et leurs actionnaires qui peuvent faire voyager leur capitaux pour trouver le paradis où ils seront le moins taxés. Les classes moyennes de tous les pays forment le nouveau Tiers état du monde.

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