Noël 2013: Un Fukushima à Fessenheim (6)

Sixième épisode de notre fiction documentée. Une explosion d’hydrogène a produit une fuite dans l’enceinte d’un des réacteurs de Fessenheim (lire notre épisode 4). La préfète finit par se résoudre à l’évacuation des populations (lire notre épisode 5).

Samedi 28 décembre 2013, 5h10

Centrale nucléaire de Fessenheim. Jean-Marie B., directeur du site, entre dans la salle de réunion «intertranche», situéeentre les salles de commandes des deux réacteurs. Il a dormi deux heures dans son bureau, s’est douché, rasé, habillé de frais. Il parcourt les rapports des chefs d’exploitation des deux tranches. Grâce à la récupération d’une alimentation électrique fournie par l’usine hydro-électrique de Fessenheim, les systèmes de refroidissement normaux sont en partie restaurés. Le réacteur n°2 est plus ou moins stabilisé. Mais le n°1 continue de chauffer. Et l’instrumentation défectueuse n’indique pas précisément ce qui se passe. Une cocotte-minute sous pression, prête à sauter. Super.

5h18

Centrale de Fessenheim, extérieur du bâtiment réacteur n°1. En bottes et combinaison de protection, Sim, le rondier, patauge dans la gadoue. La lame d’eau a emporté, avec la digue, une grande partie du talus qui formait une pente du canal à l’arrière du site nucléaire. Toute la partie de la centrale située entre les dômes et l’emplacement de la digue est encombré de boue, de caillasses et de grosses flaques d’eau. Sim s’arrête pour examiner le cadran de son débitmètre : 3.467 µSv/h. Merde, qu’est-ce que c’est que cette mesure ? On se croirait à Fukushima ! Sim va à son camion, stationné à 20 mètres. L’instrument embarqué donne une mesure inférieure à son débitmètre portable, mais très élevée aussi. Il prend un autre appareil portable, retourne au point de la première mesure : 3.389 µSv/h. Il avance un peu vers le bâtiment réacteur : 5.137 µSv/h ! Bordel, qu’est-ce qui se passe ? Sim prend son téléphone DECT et appelle Jean-Marie.

5h20

Et maintenant, la météo s’y met ! Comme l’a noté Sim, le froid sec et glacial de la veille a laissé la place à un temps humide et couvert. Le vent est tombé. Des averses de neige sont prévues en fin de journée. Juste ce qu’il faut pour faire retomber le nuage radioactif sur les environs de la centrale. De plus en plus super.

5h37

Paris, appartement du ministre de l’intérieur, place Beauvau. Eric Besson est levé depuis dix minutes quand il entend la sonnerie spéciale de son téléphone qui signale un appel de l’Elysée.

— Je vous passe le président, dit une voix feutrée. Un silence, puis :

— Dites-donc, mon cher Éric, ça part en vrille, cette histoire de Fessenheim. Votre préfète, Ondine Machinchose, ne m’a pas l’air à la hauteur.

— C’est-à-dire, Monsieur le…

— Si vous y alliez vous-même, Monsieur le ministre. Remettez-moi tout ça sur les rails.

— Bien, Monsieur le…

— Je compte sur vous.

Il raccroche. Besson l’a mauvaise : «votre préfète». Dire qu’il avait personnellement exprimé des réserves sur la nomination de cette hystéro d’Ondine Romana. Une arriviste incompétente qui ne doit sa promotion qu’au souci d’améliorer le quota de femmes parmi les préfets. Et ça lui retombe sur le dos. Il va la soigner, Madame la préfète…

5h58

Chalampé, à 9,5 km au sud de la centrale nucléaire de Fessenheim. Dans la villa des Weber, c’est l’heure du petit-déjeuner. C’est là qu’Émilie Schmid, son frère Pierre et ses parents Gretel et Laurent se sont réfugiés peu après le tremblement de terre (voir épisode 2). La maison des Schmid a été très abîmée par la secousse. Les Weber ont deux garçons de huit et dix ans et une fille de six ans, Anna, qui est dans la même classe qu’Émilie. D’où le lien entre les deux familles. Après l’ordre de mise à l’abri, les Schmid n’ont pas pu retourner chez eux, fût-ce pour aller prendre quelques affaires. Maintenant, les deux familles se préparent à l’évacuation. La police doit passer pour leur expliquer où ils doivent se rendre.

6h02

Centre technique de crise de l’IRSN, Fontenay-aux-Roses. Lisa Dautrey, la responsable du CTC, reçoit un appel de Jean-Marie. Il lui fait part des mesures très élevées de radioactivité aux abords du bâtiment du réacteur n°1.

— C’est mauvais, dit Lisa. Il y a une fuite liquide au bas du bâtiment réacteur.

— Tu crois que la cuve est percée ?

— Difficile à dire. Peut-être que de l’eau très contaminée s’écoule par un passage de câble. Mais c’est sûr que la cuve a été mise à rude épreuve. Envoie-moi toutes les données du réacteur que tu peux rassembler. Et il faut refaire des mesures à l’extérieur, à intervalles réguliers.

— O.K.

6h12

Paris, ministère de l’intérieur, place Beauvau. Coup de fil entre Eric Besson et André-Claude Lacoste, directeur de l’Autorité de sûreté nucléaire.

— Strictement entre nous, Monsieur le directeur, c’est une catastrophe ?

— Je me suis exprimé publiquement sur le sujet, répond froidement Lacoste. C’est un accident majeur, sinon pire.

— Mais on va semer la panique si on diffuse ce message.

— Les populations locales sont déjà paniquées, réplique le directeur de l’ASN. On a beaucoup trop tardé à évacuer la zone proche de la centrale. Et comment justifier une évacuation, si vous répétez en boucle qu’il ne s’est rien passé ? Prenez-vous les Alsaciens pour des imbéciles ?

— Je vois, fait Besson, mettant fin à la conversation.

6h22

Chalampé, maison des Weber. La police se présente à l’entrée de la villa. Un grand lieutenant aux traits tirés explique brièvement aux parents Weber et Schmid qu’ils doivent partir immédiatement. Dans un premier temps, les deux familles seront accueillies au lycée Schongauer de Colmar. Ont-ils un véhicule pour s’y rendre ? Les Weber ont une Renault Mégane, mais les Schmid ont revendu leur voiture. Elle est devenue trop chère quand le chômage de Laurent s’est prolongé. Dans ce cas, on vous emmène, dit le lieutenant en désignant un car de police grillagé, mis à disposition pour transporter les habitants qui n’ont pas de moyen de locomotion personnel. Il est déjà aux trois quarts plein. Gretel demande si elle peut repasser prendre quelques affaires chez elle.

— Pas le temps, dit le lieutenant.

— Mais je n’ai rien pour changer les enfants…

— On n’a pas le temps, Madame, répète le policier.

Le car démarre. Il passe rapidement devant le logis des Schmid. Par la vitre grillagée, la petite Émilie regarde la maison dévastée. Elle voudrait pleurer. Elle n’ose pas.

6h35

Dans le car de police, Gretel Schmid apprend la mort de René Muller par un habitant de Munchhouse. Un voisin a entendu les coups de feu. Il a appelé les flics. On a découvert René dans son étable, baignant dans son sang, entouré de ses chevaux morts. Gretel se demande comment elle va annoncer la nouvelle à Émilie. La famille Schmid connaissait bien le vieil agriculteur. Ils venaient souvent en balade à Munchhouse. René s’était pris d’affection pour la petite fille sourde. C’était la seule qu’il laissait approcher de ses chevaux. Et maintenant…

6h50

Commune de Fessenheim, à moins de 2 kilomètres de la centrale nucléaire. Le gardien de la paix Julien Roth et ses deux collègues interpellent les frères Braun à leur domicile. Ces deux crétins n’ont même pas songé qu’ils avaient intérêt à disparaître, après leurs exploits de la veille. Ils protestent contre leur arrestation, prétendant qu’on ne peut pas les forcer à sortir de chez eux «avec tous ces rayons dehors».

— Pas de problème, fait Julien Roth. Vous serez à l’abri des radiations à la prison d’Ensisheim !

7h15

PC de crise de la préfecture, Colmar. La réunion du matin, autour de la préfète, se déroule dans une ambiance à couper au couteau. Les opérations d’évacuation ont commencé dans de mauvaises conditions et se poursuivent dans un chaos de planning approximatif, de directives contradictoires, de bouchons sur les routes et de brutalités policières. De nombreuses personnes ont refusé de quitter leur habitation, et ont dû être expulsées de force. Des dizaines de récalcitrants se sont enfuis et battent la campagne, au mépris des règles de radioprotection les plus élémentaires. Les maisons ont été murées à la va-vite, soi-disant pour éviter les pillages. Les cars d’évacuation n’avaient pas toujours de point de chute où déposer les «réfugiés» : plusieurs groupes ont été conduits dans des centres d’accueil déjà bondés, et ont passé la nuit dans leur bus. Il y a eu des bagarres, des vols. Le bordel.

7h30

Au PC de crise, Ondine Romana reçoit un appel lui annonçant l’arrivée imminente du ministre de l’intérieur, à la demande du président de la République en personne. Elle ne sait que trop ce qu’implique cette reprise en main : son action est jugée inadéquate. Sa carrière a du plomb dans l’aile.

8h20

CTC de l’IRSN, à Fontenay-aux-Roses. Lisa répond à un appel du directeur de cabinet d’Ondine Romana qui vient aux nouvelles. Elles sont mauvaises. Lisa explique que la situation du réacteur n°1 se dégrade plus vite que prévu. Il faut craindre une brèche importante dans le circuit primaire. Pire, on ne peut exclure une rupture de la cuve du réacteur. Ce qui entraînerait la libération d’un corium – magma de combustible et de gaines métallique fondus – sur le radier, la dalle de béton sur laquelle repose le réacteur. Or, à Fessenheim, ce radier n’est pas aussi épais que dans les autres centrales françaises. Les évaluations complémentaires de sécurité post-Fukushima avaient prévu de le renforcer. C’était prévu, mais ça n’a pas été réalisé.

— Avez-vous vu Le Syndrome chinois ? demande Lisa.

— Non.

— Un film de James Bridges, 1979, avec Jane Fonda et Jack Lemmon. Fondé sur un scénario catastrophe : le combustible nucléaire en fusion s’échappant d’une centrale située en Amérique du Nord s’enfoncerait dans la croûte terrestre, traverserait la Terre et ressortirait en Chine, d’où le titre. En fait, ce n’est pas vraiment ce que raconte le film, et ce serait évidemment impossible. L’important, c’est que si le corium perce le radier, il risque de se répandre dans le sol et d’atteindre la nappe phréatique. Il en résulterait une pollution radioactive gravissime.

8h24

Au PC de crise de la préfecture, le directeur de cabinet rapporte le diagnostic de Lisa.

— On est en plein syndrome chinois ! C’est énorme ! Énormiss…

— Ça suffit, hurle la préfète. Une seule chose est énorme, c’est votre incommensurable connerie, Alban. Taisez-vous, énorme nul ! Allez-vous faire voir chez les Grecs ! Chez les Chinois ! Chez les manchots de Terre Adélie ! Il y a plus de cervelle dans une plume de pingouin que dans votre tête ! Casse-toi, pauv’ con ! Viré, vous êtes viré !

8h50

Lycée Schongauer, à Colmar. Le car de police dépose la famille Schmid, ainsi que ses autres passagers, devant l’entrée du lycée. Le trajet a été éprouvant. Malgré son gyrophare et sa sirène, le car a roulé au pas pendant deux heures sur la voie rapide, totalement embouteillée. En temps normal, le trajet prend à peine plus d’une demi-heure. Gretel pense avec amertume qu’au point où ils en étaient, les policiers auraient pu faire un crochet chez eux, pour leur permettre de prendre leurs affaires. Enfin, ils ne sont pas les plus mal lotis. A Balgau, un fermier qui ne voulait pas laisser son exploitation a accueilli les flics avec une 22 long rifle. Il s’est fait tabasser. Il est à l’hôpital de Rouffach, dans un état sérieux.

8h54

Le proviseur accueille les «réfugiés». Les Weber sont arrivés quelques minutes plus tôt en voiture. Ils dormiront dans le gymnase, transformé en dortoir d’une quarantaine de lits. Anna et Émilie, ravies de se retrouver, ne semblent pas trop affectées par la situation. Elles jouent avec insouciance.

9h00

A Colmar, la 607 Peugeot d’Eric Besson se gare devant la préfecture. Accueilli par une nuée de journalistes, le ministre fait une brève déclaration :

— Mesdames et messieurs les journalistes, en dépit d’une catastrophe naturelle sans précédent en France, et d’une situation délicate liée à la proximité d’un site nucléaire, les autorités ont géré la crise avec un sang-froid remarquable. Je leur rends hommage. Je salue aussi les habitants de la région de Fessenheim, dont le courage, le sens de la solidarité et la discipline ont évité d’aggraver la crise. Une conférence de presse sera organisée dès que possible. Vous comprendrez que les circonstances ne me permettent pas de m’attarder davantage. Merci à tous !

9h50

A la centrale nucléaire de Fessenheim, les ennuis continuent. Maintenant, c’est la piscine de stockage de combustible du réacteur n°2 qui crache de la radioactivité. Selon toute apparence, elle fuit. Impossible de déterminer si le problème vient de la piscine elle-même ou des canalisations qui amènent de l’eau pour refroidir le combustible stocké. Il est probable que le tremblement de terre a produit quelque part une fissure que l’on n’avait pas détectée jusqu’ici. Seule certitude : le bâtiment de la piscine n’étant pas confiné, la radioactivité s’échappe dans l’atmosphère, s’ajoutant aux rejets précédents.

12h00

Exactement vingt-quatre heures après l’explosion hydrogène qui a affecté le bâtiment du réacteur n°1, une nouvelle explosion frappe le deuxième bâtiment réacteur. Cette fois, les habitants de Fessenheim ne sont plus là pour l’entendre… Commentaire de Ludovic, le chef d’exploitation de la tranche n°1 : «Heureusement qu’il n’y a que deux tranches à Fessenheim, on n’aura peut-être pas d’explosion demain midi…»

14h

Au PC de la préfecture, première bonne nouvelle de la journée : Nouria Chalabi, la pharmacienne de Fessenheim victime d’une agression, va mieux. Elle est toujours dans le coma, mais ses jours ne sont plus en danger. Sans l’intervention téméraire de Côme Dupuis (voir épisode précédent), elle n’aurait certainement pas survécu. Elle doit une fière chandelle au jeune énarque. La préfète aussi : son bilan peu flatteur aurait été lourdement aggravé par un meurtre raciste dans sa juridiction.

— Mon petit Côme, déclare-t-elle, vous êtes un ambitieux et un insupportable pédant, bègue de surcroît, mais je dois reconnaître que vous avez des couilles.

— Merci, Madame la préfète.

Le jeune énarque sait que le problème de sa note de stage est désormais dépassé. Sa carrière est lancée. Celle d’Ondine Romana passe par une phase beaucoup plus incertaine.

14h30

Au PC de la préfecture, on est sur les dents. Les Verts allemands ont organisé une manifestation qu’ils espèrent spectaculaire : bravant les radiations, ils veulent former une chaîne humaine de Bad Krozingen à Fessenheim. Depuis le matin, des rassemblements se forment dans toutes les petites villes des alentours, sur la rive allemande du Rhin : Schlatt, Feldkirch, Tunsel, Hartheim, Bremgarten. Les forces de l’ordre allemandes se sont montrées étonnamment passives face à cette manifestation qui fait fi des mesures d’évacuation décidées la veille. Eric Besson soupçonne fortement le gouvernement allemand de se servir des écologistes pour exercer une pression indirecte sur la France. Outre-Rhin, on est très mécontent de l’attitude du pouvoir français, qui n’a cessé de minimiser l’accident et a distillé les informations au compte-goutte. A 14 heures, la chaîne humaine est formée sans interruption entre Bad Krozingen et l’aéroport de Bremgarten, à un kilomètre de la frontière et moins de trois kilomètres de la centrale.

14h40

Les informations de la police démontrent qu’on se prépare aussi à d’importantes manifestations du côté français. Les écologistes et les associations anti-nucléaires, au premier rang desquelles Stop Fessenheim, se sont jointes au mouvement allemand. Certains militants ont traversé la frontière. Le plus surprenant est l’ampleur du soutien aux anti-nucléaires. Les membres de la cellule de crise s’attendaient à ce que les habitants se terrent chez eux, mais il n’en est rien. Des milliers de manifestants se sont rassemblés sur la place Rapp, à Colmar, et un nombre comparable devant la Maison des énergies, à Mulhouse. D’autres encore sont à Ensisheim. Leur intention est de démarrer une marche pacifique en convergeant vers la centrale, du moins dans la mesure où les forces de l’ordre les laisseront passer. La marche doit démarrer à 15 heures.

– Qu’est-ce qui leur prend? grogne Eric Besson. Ils veulent se faire irradier, ou quoi?

14h47

Dans la salle de réunion du PC de la préfecture, Eric Besson, Ondine Romana et les membres de la cellule de crise observe une carte que leur présente le directeur de cabinet de la préfète. Elle montre les différents rassemblements de manifestants des deux côtés de la frontière. Côté allemand, la chaîne humaine aboutit presque jusqu’à l’arrivée de la petite route qui traverse le Canal d’Alsace et le Rhin, au niveau de l’usine hydro-électrique de Fessenheim. Les manifestants ont déployé de longues banderoles portant l’inscription: «Atomkraft? Nein danke», «Nucléaire? Non merci». Les policiers allemands ont établi un barrage symbolique. Côté français, Eric Besson a ordonné que plusieurs compagnies de CRS se positionnent sur le site de l’usine hydro-électrique. Si des petits malins veulent passer quand même, ils devront y aller à la nage.

14h55

A Colmar, la manifestation s’ébranle sur la place Rapp, strictement encadrée par un impressionnant déploiement policier. Les manifestants crient: «Société nucléaire, société mortifère!» et «Inactif aujourd’hui, radioactif demain!». Ils sont près de dix mille. Ils se dirigent vers la départementale qui va sur Neuf-Brisach et Fessenheim. Un casse-tête pour les force de l’ordre : les opérations d’évacuation des environs de la centrale ne sont pas terminées. Comment empêcher les manifestants de progresser tout en laissant passer les cars qui amènent toujours des gens des communes autour de la centrale ? Utilisant leurs téléphones portables – les réseaux ont été rétablis –, les manifestants s’ingénient à user de tous les passages possibles. Ils forment de petits groupes qui se dispersent puis se rassemblent un peu plus loin.

16h40

Entre Colmar et Neuf-Brisach, le petit jeu de cache-cache entre manifestants et policiers se poursuit. Le gros des manifestants est resté bloqué à Colmar. La ville est un embouteillage géant. Mais un groupe de quelque centaines de personnes a réussi à franchir les barrages et marche sur la D415 en direction de Neuf-Brisach.

16h50

Au PC de crise de la préfecture, le responsable des forces de police fait un compte rendu de la situation. A Colmar, la situation risque de dégénérer, du fait de la présence d’éléments incontrôlés qui ont déjà détruit plusieurs vitrines. D’autre part, le groupe des manifestants «échappés» progresse toujours vers Neuf-Brisach.

— Un convoi de dix cars de personnes déplacées sort de Neuf-Brisach pour se diriger vers Colmar, expose le policier. Les manifestants avancent sur la route, qui était déjà encombrée et qu’ils ont complètement bloquée. Si on ne prend aucune mesure, d’ici une demi-heure, une heure, la manifestation et le convoi vont se croiser. Que fait-on ?

Bien que le responsable de la police ait fait mine de s’adresser à la préfète, il est évident que c’est à Eric Besson qu’il pose la question. C’est d’ailleurs lui qui répond, tandis qu’Ondine Romana a un haussement d’épaules désabusé.

— On ne fait pas le détail, dit le ministre de l’Intérieur. On envoie une unité du GIPN par hélicoptère, et on dégage la route.

— Compris.

17h20

A Colmar, la manifestation se poursuit sur la place Rapp et dans les rues avoisinantes. On compte des blessés légers, des dizaines de vitrines brisées, plusieurs voitures incendiées. Et plus de trois cents interpellations. Mais ni la police, ni une averse de neige et de pluie, ne réussissent à calmer les ardeurs des opposants au nucléaire, comme des fauteurs de trouble qui se sont greffés sur la manif.

18h

A Andolsheim, sur la D415, entre Colmar et Neuf-Brisach, l’intervention héliportée et particulièrement musclée du GIPN a permis de «dégager la route», selon les ordres d’Eric Besson. Deux manifestants sont à l’hôpital, un troisième à la morgue. Une enquête de l’IGS devra déterminer dans quelles conditions un membre de l’unité GIPN a jugé nécessaire d’ouvrir le feu.

19h

Les manifestants allemands campent devant la voie d’accès à l’usine hydro-électrique de Fessenheim. Du côté français de la frontière, environ deux mille policiers et CRS bloquent le passage.

19h47

Alors qu’il effectue une ronde du côté sud de la centrale, Sim aperçoit des gardiens rassemblés près du grillage qui entoure le site. Il s’approche. Les gardiens sont en train d’appréhender un groupe de quatre jeunes gens en combinaison rouge et casque blanc. Ils sont passés par la forêt de la Hardt et ont réussi à découper la clôture électrifiée, déclenchant une alarme.

— Vous voulez visiter ? lance Sim. Bienvenue ! Par ici, ça doit bien cracher du cinq cents microsieverts à l’heure. A la vôtre !

20h20

Les manifestations à Colmar et Mulhouse finissent de se disperser. Par chance, on ne déplore rien de plus grave que quelques fractures, des vitrines cassées et des dizaines de voitures brûlées.

22h

A Fontenay, le CTC de l’IRSN établit une note d’information dressant un premier bilan radiologique de l’accident nucléaire. Les rejets émis depuis près de quarante-huit heures sont très importants. Le premier jour, le vent d’ouest a poussé l’essentiel du nuage vers l’Allemagne. Mais toute la journée du 28, la radioactivité est restée dans la zone de Fessenheim et elle a été rabattue vers le sol par la neige. De plus, les opérations d’évacuation se sont déroulées au plus mauvais moment, du point de vue des rejets radioactifs. Et le fait qu’elles se soient étalées dans le temps a exposé les évacués à des doses importantes. Au moins 10 % des évacués ont sans doute reçu des doses à la thyroïde comprises entre 50 et 500 mSv. En principe, on distribue des pastilles d’iode à partir de 50 mSv. En fait, on a manqué d’iode et une grande partie des personnes exposées n’en a pas reçu.

Dimanche 29 décembre, 4h20

A la centrale, Jean-Marie B. tente vainement de prendre un moment de repos. Il rumine les dernières mesures effectuées par Sim autour du bâtiment réacteur n°1. Pas besoin d’appeler Lisa au CTC pour savoir ce qu’elles signifient : la cuve est certainement percée, et le corium a commencé à s’écouler sur le radier. Tôt ou tard, il va le percer et pénétrer dans le sol. L’Alsace n’est peut-être pas le Japon, mais elle connaît le syndrome chinois.

 

A suivre

16h40. Entre Colmar et Neuf-Brisach, le petit jeu de cache-cache entre manifestants et policiers se poursuit. Le gros des manifestants est resté bloqué à Colmar. La ville est un embouteillage géant. Mais un groupe de quelque centaines de personnes a réussi à franchir les barrages et marche sur la D415 en direction de Neuf-Brisach.

 

16h50. Au PC de crise de la préfecture, le responsable des forces de police fait un compte rendu de la situation. A Colmar, la situation risque de dégénérer, du fait de la présence d’éléments incontrôlés qui ont déjà détruit plusieurs vitrines. D’autre part, le groupe des manifestants «échappés» progresse toujours vers Neuf-Brisach.

—      Un convoi de dix cars de personnes déplacées sort de Neuf-Brisach pour se diriger vers Colmar, expose le policier. Les manifestants avancent sur la route, qui était déjà encombrée et qu’ils ont complètement bloquée. Si on ne prend aucune mesure, d’ici une demi-heure, une heure, la manifestation et le convoi vont se croiser. Que fait-on ?

Bien que le responsable de la police ait fait mine de s’adresser à la préfète, il est évident que c’est à Eric Besson qu’il pose la question. C’est d’ailleurs lui qui répond, tandis qu’Ondine Romana a un haussement d’épaules désabusé.

—      On ne fait pas le détail, dit le ministre de l’Intérieur. On envoie une unité du GIPN par hélicoptère, et on dégage la route.

—      Compris.

 

17h20. A Colmar, la manifestation se poursuit sur la place Rapp et dans les rues avoisinantes. On compte des blessés légers, des dizaines de vitrines brisées, plusieurs voitures incendiées. Et plus de trois cents interpellations. Mais ni la police, ni une averse de neige et de pluie, ne réussissent à calmer les ardeurs des opposants au nucléaire, comme des fauteurs de trouble qui se sont greffés sur la manif.

 

18h. A Andolsheim, sur la D415, entre Colmar et Neuf-Brisach, l’intervention héliportée et particulièrement musclée du GIPN a permis de «dégager la route», selon les ordres d’Eric Besson. Deux manifestants sont à l’hôpital, un troisième à la morgue. Une enquête de l’IGS devra déterminer dans quelles conditions un membre de l’unité GIPN a jugé nécessaire d’ouvrir le feu.

 

19h. Les manifestants allemands campent devant la voie d’accès à l’usine hydro-électrique de Fessenheim. Du côté français de la frontière, environ deux mille policiers et CRS bloquent le passage.

 

19h47. Alors qu’il effectue une ronde du côté sud de la centrale, Sim aperçoit des gardiens rassemblés près du grillage qui entoure le site. Il s’approche. Les gardiens sont en train d’appréhender un groupe de quatre jeunes gens en combinaison rouge et casque blanc. Ils sont passés par la forêt de la Hardt et ont réussi à découper la clôture électrifiée, déclenchant une alarme.

—       Vous voulez visiter ? lance Sim. Bienvenue ! Par ici, ça doit bien cracher du cinq cents microsieverts à l’heure. A la vôtre !

 

20h20. Les manifestations à Colmar et Mulhouse finissent de se disperser. Par chance, on ne déplore rien de plus grave que quelques fractures, des vitrines cassées et des dizaines de voitures brûlées.

 

22h. A Fontenay, le CTC de l’IRSN établit une note d’information dressant un premier bilan radiologique de l’accident nucléaire. Les rejets émis depuis près de quarante-huit heures sont très importants. Le premier jour, le vent d’ouest a poussé l’essentiel du nuage vers l’Allemagne. Mais toute la journée du 28, la radioactivité est restée dans la zone de Fessenheim et elle a été rabattue vers le sol par la neige. De plus, les opérations d’évacuation se sont déroulées au plus mauvais moment, du point de vue des rejets radioactifs. Et le fait qu’elles se soient étalées dans le temps a exposé les évacués à des doses importantes. Au moins 10 % des évacués ont sans doute reçu des doses à la thyroïde comprises entre 50 et 500 mSv. En principe, on distribue des pastilles d’iode à partir de 50 mSv. En fait, on a manqué d’iode et une grande partie des personnes exposées n’en a pas reçu.

 

Dimanche 29 décembre, 4h20. A la centrale, Jean-Marie B. tente vainement de prendre un moment de repos. Il rumine les dernières mesures effectuées par Sim autour du bâtiment réacteur n°1. Pas besoin d’appeler Lisa au CTC pour savoir ce qu’elles signifient : la cuve est certainement percée, et le corium a commencé à s’écouler sur le radier. Tôt ou tard, il va le percer et pénétrer dans le sol. L’Alsace n’est peut-être pas le Japon, mais elle connaît le syndrome chinois.

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