Noël 2013: un Fukushima à Fessenheim (7)

Septième épisode de notre fiction documentée (les épisodes précédents se trouvent ci-contre).

Dimanche 29 décembre 2013, 7h30

À Colmar, la préfecture du Haut-Rhin diffuse un communiqué annonçant que le plan Vigipirate est activé au niveau “écarlate”, en raison des craintes d’intrusion et du risque potentiel d’attentat contre la centrale de Fessenheim. La préfète, Ondine Romana, décrète un couvre-feu à partir de 17 heures dans tout le département. Tous rassemblements et manifestations sont interdits, les contrevenants s’exposant à être immédiatement placés en garde à vue.

8h

Le journal du matin de France Bleu Alsace revient sur la mort d’un manifestant, mortellement blessé par un tir du GIPN. Une source proche de la police affirme que la victime était armée et menaçait un agent du GIPN. Ce que conteste vigoureusement le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, Matthias Grund. Une marche silencieuse en hommage au manifestant tué est interdite par la préfecture.

12h

Flash spécial de France Bleu Alsace : neuf militants antinucléaires, dont Matthias Grund, ont été interpellés sur commission rogatoire délivrée par le Tribunal de grande instance de Colmar. Ces interpellations ont lieu dans le cadre d’une procédure pour trouble de l’ordre public initiée à la suite d’une demande de la préfète du Haut-Rhin. La riposte des autorités aux manifestations de la veille. Il faut étouffer dans l’œuf la fronde antinucléaire.

12h30

Du côté allemand, la fronde se poursuit, comme le révèle un reportage de France 3 Alsace : les Verts ont organisé une permanence devant la voie d’accès à l’usine hydro-électrique de Fessenheim, tout près de la centrale. Une dizaine de militants, revêtus de combinaisons de protection et de masques, se relaient pour un sit-in prolongé, sous l’œil des forces de police dont les membres sont également équipés de masques.

13h

Le journal de France 2 détaille le dispositif de sécurité mis en place par la préfecture de Colmar. De nombreux barrages de police sont installés sur toutes les routes permettant d’accéder à la centrale. Il est impossible de pénétrer dans la zone évacuée, sur un rayon de 15 kilomètres autour de la centrale : des hélicoptères surveillent en permanence les voies d’accès possibles, et des motards de la gendarmerie sillonnent les routes pour prévenir toute tentative de passage par effraction. À Colmar et Mulhouse, un impressionnant déploiement policier décourage la moindre tentative de rassemblement. Dans les deux villes, les forces de l’ordre multiplient les contrôles d’identité inopinés. L’Alsace du sud est en état de siège.

20h

Au journal de TF1, Eric Besson répond aux questions de Laurence Ferrari :

– La centrale de Fessenheim, la plus ancienne du parc nucléaire français, n’aurait-elle pas dû être fermée depuis des mois ?

– Personne ne pouvait prévoir le tremblement de terre historique du 27 décembre. Sans cette catastrophe naturelle sans précédent, l’enchaînement de circonstances qui a produit l’accident n’aurait pas eu lieu.

– Mais cet enchaînement d’un séisme provoquant une inondation avait été envisagé, dans une étude du Conseil général du Haut-Rhin…

– Personne n’avait imaginé que le barrage d’Ottmarsheim pouvait céder. On se trouve face à une fatalité.

– Pourtant, l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire, avait fait observer que le nombre d’incidents à la centrale de Fessenheim, au cours des dernières années, était au-dessus de la moyenne nationale. En 2012, le réacteur n°2 s’est arrêté peu après sa remise en service…

– Tous ces incidents font partie, si j’ose dire, de la routine du nucléaire. Ils ne remettent pas en question le fonctionnement d’ensemble de la centrale.

– Pensez-vous que la France devrait sortir du nucléaire ? Ou au moins s’y préparer ?

– Ceux qui prétendent que la France peut se passer du nucléaire sont des menteurs et des irresponsables. La seule réponse raisonnable à l’accident de Fessenheim n’est pas sortir du nucléaire, c’est accélérer la rénovation de notre parc et la construction de l’EPR de Flamanville. Avec l’EPR, un accident comme celui de Fessenheim serait impossible.

Lundi 30 décembre 2013, 14h

Mise en ligne d’une note d’information de l’IRSN établissant une première reconstitution du déroulement de l’accident. « Sur le réacteur n°1, le séisme a provoqué une importante brèche du circuit primaire. Cette brèche n’a pu être détectée rapidement, du fait de la destruction ou du dysfonctionnement de plusieurs systèmes de capteurs. Le combustible a été rapidement dénoyé et a commencé à fondre au bout de quelques heures. Une bulle d’hydrogène s’est formée et a explosé environ onze heures après le début de la séquence. Le combustible fondu s’est accumulé au fond de la cuve du réacteur. Les chocs thermiques résultant de la nécessité d’un refroidissement rapide du cœur ont très probablement entraîné une perte d’étanchéité et peut-être une rupture de la cuve. Bien qu’il soit impossible de connaître l’état exact de la cuve, l’hypothèse d’une rupture est cohérente avec les mesures de radioactivité effectuées aux abords du bâtiment réacteur. Tout indique qu’une partie du combustible radioactif s’est échappée et a percé le radier. Le risque d’infiltration dans la nappe phréatique est important, mais seuls des forages permettront de contrôler le degré éventuel de contamination de l’eau de la nappe. » La note indique d’autre part que le cœur du réacteur n°2 a également subi une fusion partielle, malgré « les mesures préventives de relâchement de gaz par les évents du bâtiment réacteur ». Au total, la note de l’IRSN estime que la situation accidentelle est désormais stabilisée, mais que l’installation est encore loin de se trouver dans un « état sûr ».

18h

Le site internet Tousradioactifs.com, tenu par des physiciens antinucléaires, publie un article intitulé Un phénomène de re-criticité à Fessenheim ? L’article évoque l’hypothèse d’un scénario-catastrophe dans lequel une réaction en chaîne redémarrerait au sein d’un des deux réacteurs de la centrale, provoquant un dégagement incontrôlé d’énergie et de rayonnement. « Le fonctionnement normal d’un réacteur nucléaire repose sur une réaction en chaîne au sein du combustible radioactif, en général de l’uranium, expliquent les auteurs de l’article. Les noyaux d’uranium 235 peuvent se désintégrer spontanément en émettant des neutrons. Ces derniers peuvent frapper d’autres noyaux d’uranium en provoquant de nouvelles fissions qui engendrent des neutrons qui provoquent encore des fissions, et ainsi de suite : c’est la réaction en chaîne. À Fessenheim, cette réaction a été interrompue au moment du tremblement de terre : les deux réacteurs ont été arrêtés par la chute des barres de contrôle qui absorbent les neutrons et les empêchent de provoquer de nouvelles fissions. Mais, du fait de la panne des systèmes de refroidissement, le combustible radioactif a continué de chauffer et a partiellement fondu. Or, dans certaines conditions, il peut se former au sein du combustible fondu des “poches” dans lesquelles une réaction en chaîne se réamorce, de manière imprévisible et incontrôlée ». Les auteurs appuient leur analyse sur un bilan des mesures de neutrons effectuées depuis le début de l’accident, mesures qui ont été publiées par l’IRSN. Ils estiment que ces mesures sont très élevées, ce qui suppose la présence d’une source de neutrons : « L’explication la plus logique est la survenue d’une ou plusieurs réactions en chaîne au sein du combustible », jugent les physiciens. L’article est signalé sur tous les sites écologistes et antinucléaires.

19h

Sur France Inter, la journaliste responsable de la chronique scientifique interroge André-Claude Lacoste, le directeur de l’ASN, sur l’hypothèse d’un scénario de criticité. « En l’état de nos informations, ce scénario relève de la pure spéculation ; sa probabilité est quasi nulle », répond Lacoste.

Mardi 31 décembre 2013, 9h30

Centrale nucléaire de Fessenheim. Depuis une passerelle, Jean-Marie B., un téléphone dans une main et un gobelet de café dans l’autre, surveille le gymkhana des agents de la centrale entre la neige fondue, la boue et les gravats. Cette nuit, une réplique du séisme a rouvert une brèche dans la digue. La centrale a échappé de peu à une deuxième inondation, mais des tonnes de boue, de pierraille et de débris divers ont été déversés sur l’arrière de la centrale, au pied des deux dômes. De grandes flaques d’eau se sont formées, gênant le passage des bulldozers et des pelleteuses à l’aide desquels l’équipe s’emploie à dégager le site.

9h45

Sim slalome entre les flaques boueuses, un débitmètre à la main. Les mesures sont de plus en plus “fukushimesques”. En un point, il relève 8.554 µSv/h. Putain, ça crache !

Lundi 30 décembre 2013, 14h

Mise en ligne d’une note d’information de l’IRSN établissant une première reconstitution du déroulement de l’accident. « Sur le réacteur n°1, le séisme a provoqué une importante brèche du circuit primaire. Cette brèche n’a pu être détectée rapidement, du fait de la destruction ou du dysfonctionnement de plusieurs systèmes de capteurs. Le combustible a été rapidement dénoyé et a commencé à fondre au bout de quelques heures. Une bulle d’hydrogène s’est formée et a explosé environ onze heures après le début de la séquence. Le combustible fondu s’est accumulé au fond de la cuve du réacteur. Les chocs thermiques résultant de la nécessité d’un refroidissement rapide du cœur ont très probablement entraîné une perte d’étanchéité et peut-être une rupture de la cuve. Bien qu’il soit impossible de connaître l’état exact de la cuve, l’hypothèse d’une rupture est cohérente avec les mesures de radioactivité effectuées aux abords du bâtiment réacteur. Tout indique qu’une partie du combustible radioactif s’est échappée et a percé le radier. Le risque d’infiltration dans la nappe phréatique est important, mais seuls des forages permettront de contrôler le degré éventuel de contamination de l’eau de la nappe. » La note indique d’autre part que le cœur du réacteur n°2 a également subi une fusion partielle, malgré « les mesures préventives de relâchement de gaz par les évents du bâtiment réacteur ». Au total, la note de l’IRSN estime que la situation accidentelle est désormais stabilisée, mais que l’installation est encore loin de se trouver dans un « état sûr ».

18h

Le site internet Tousradioactifs.com, tenu par des physiciens antinucléaires, publie un article intitulé Un phénomène de re-criticité à Fessenheim ? L’article évoque l’hypothèse d’un scénario-catastrophe dans lequel une réaction en chaîne redémarrerait au sein d’un des deux réacteurs de la centrale, provoquant un dégagement incontrôlé d’énergie et de rayonnement. « Le fonctionnement normal d’un réacteur nucléaire repose sur une réaction en chaîne au sein du combustible radioactif, en général de l’uranium, expliquent les auteurs de l’article. Les noyaux d’uranium 235 peuvent se désintégrer spontanément en émettant des neutrons. Ces derniers peuvent frapper d’autres noyaux d’uranium en provoquant de nouvelles fissions qui engendrent des neutrons qui provoquent encore des fissions, et ainsi de suite : c’est la réaction en chaîne. À Fessenheim, cette réaction a été interrompue au moment du tremblement de terre : les deux réacteurs ont été arrêtés par la chute des barres de contrôle qui absorbent les neutrons et les empêchent de provoquer de nouvelles fissions. Mais, du fait de la panne des systèmes de refroidissement, le combustible radioactif a continué de chauffer et a partiellement fondu. Or, dans certaines conditions, il peut se former au sein du combustible fondu des “poches” dans lesquelles une réaction en chaîne se réamorce, de manière imprévisible et incontrôlée ». Les auteurs appuient leur analyse sur un bilan des mesures de neutrons effectuées depuis le début de l’accident, mesures qui ont été publiées par l’IRSN. Ils estiment que ces mesures sont très élevées, ce qui suppose la présence d’une source de neutrons : « L’explication la plus logique est la survenue d’une ou plusieurs réactions en chaîne au sein du combustible », jugent les physiciens. L’article est signalé sur tous les sites écologistes et antinucléaires.

19h

Sur France Inter, la journaliste responsable de la chronique scientifique interroge André-Claude Lacoste, le directeur de l’ASN, sur l’hypothèse d’un scénario de criticité. « En l’état de nos informations, ce scénario relève de la pure spéculation ; sa probabilité est quasi nulle », répond Lacoste.

Mardi 31 décembre 2013, 9h30

Centrale nucléaire de Fessenheim. Depuis une passerelle, Jean-Marie B., un téléphone dans une main et un gobelet de café dans l’autre, surveille le gymkhana des agents de la centrale entre la neige fondue, la boue et les gravats. Cette nuit, une réplique du séisme a rouvert une brèche dans la digue. La centrale a échappé de peu à une deuxième inondation, mais des tonnes de boue, de pierraille et de débris divers ont été déversés sur l’arrière de la centrale, au pied des deux dômes. De grandes flaques d’eau se sont formées, gênant le passage des bulldozers et des pelleteuses à l’aide desquels l’équipe s’emploie à dégager le site.

9h45

Sim slalome entre les flaques boueuses, un débitmètre à la main. Les mesures sont de plus en plus “fukushimesques”. En un point, il relève 8.554 µSv/h. Putain, ça crache !

10h02

Jean-Marie avale son vingtième café de la matinée. Christiane, sa femme, vient de quiter leur maison de Fortschwihr avec leurs deux enfants, qu’elle emmène prendre quelques jours de vacances chez ses parents, dans le midi. Jean-Marie, lui, passera le réveillon à la centrale. Mais il n’y pense même pas. Depuis le vendredi 27, il ne vit plus dans le calendrier ordinaire mais dans le temps de l’accident. Il regarde un bulldozer qui pousse un mur de débris vers la périphérie du site. Flotte, gadoue, caillasses : la trilogie de cet accident qui n’en finit pas de recommencer. Deux hélicoptères surveillent le site en permanence. Invisible et omniprésente, la menace de la radioactivité, sans cesse rappelée par les alarmes qui se déclenchent à tout bout de champ.

11h

Lycée Schongauer, Colmar. Dans le gymnase réaménagé en centre d’accueil, la famille Schmid s’adapte tant bien que mal au statut de réfugié. La petite Émilie pleure. Sa dixième crise de larmes depuis le début de la journée. « Dis, Maman, quand est-ce qu’on rentre à la maison ? » demande Pierre, son grand frère.

16h40

À la centrale de Fessenheim, nouvelle alarme : la piscine du réacteur n°2 fuit de nouveau. Sans doute une conséquence de la réplique du séisme. Avec un soupir, Jean-Marie pense qu’il va falloir recommencer à injecter de l’eau pour bien recouvrir le combustible entreposé, et renforcer encore les abords de la piscine. Lutter contre cet accident est une tâche sisyphesque.

23h

Local intertranche, entre les deux salles de commande de la centrale. Malgré les circonstances, Jean-Marie et son équipe ont décidé de célébrer le passage à la nouvelle année. Ludiovic a apporté des foies gras maison. Sim a demandé à un copain, pâtissier de son état, de préparer un gâteau spécial : c’est une espèce de pièce montée qui a l’aspect d’un cœur de réacteur stylisé, à ce détail près que les crayons de combustibles sont figurés par de fines baguettes en chocolat… Et malgré l’interdiction formelle de consommer de l’alcool sur le site, quelques bouteilles d’un délicieux pinot gris d’Alsace ennoblissent le menu.

23h40

Debout sur la table, un gobelet de plastique à la main, Sim est en verve :

– Je lève mon verre à la grande Union soviétique, qui a produit Tchernobyl ! s’exclame-t-il. Au glorieux Japon, pays du soleil levant et de Fukushima! Et à l’Alsace, terre de Fessenheim !

– À l’Alsace ! répondent en chœur les convives.

23h59

Jean-Marie et ses collègues entament le décompte des dernières secondes de l’année :

– Dix, neuf, huit, sept, six, cinq, quatre…

À “trois”, ils s’arrêtent : une alarme a retenti dans la salle de commande de la tranche n°1. Ludovic, le chef d’exploitation de la tranche, se précipite dans la salle. L’agent de conduite qui assure le quart lui montre un tableau lumineux. Le signal vient du système de mesure du flux de neutrons. Le déclenchement de l’alarme indique qu’une importante source de neutrons est soudain apparue.

Mardi 1er janvier 2014, 0h04. Local intertranches.

– On commence l’année avec une alarme neutrons ! Cool, fait Ludovic.

– D’où ça vient ? demande Jean-Marie.

– J’ai pas d’explication évidente, répond Ludovic.

– Finalement, cette histoire de scénario de criticité sur les sites des antis, c’est peut-être pas totalement con, grommelle Jean-Marie.

– Finalement…

Ils se taisent. Ils savent ce que signifie, du point de vue de la santé, une émission de neutrons : les rayonnements neutroniques enraînent des risques sérieux de lésions cellulaires et de cancer. Et on n’arrête pas les neutrons facilement : il faut un mur de béton. S’ils doivent poursuivre le travail dans la centrale accidentée en ayant, en plus de tout le reste, un risque d’exposition aux neutrons, ça va être joyeux.

0h08

Sim est le premier à reprendre ses esprits. Décidé à ne pas se laisser abattre, il lance :

– Allez, les gars ! C’est la nouvelle année ! On va pas se frapper pour quelques neutrons.

Il bondit sur la table et se lance dans une improvisation inédite sur l’air de la Danse des canards. Ça donne :

C’est la danse des neutrons
Plutonium et piège à ions
Les rayons nous irradient
On est radieux !
C’est la danse des neutrons
Pastilles d’iode et électrons
Les rayons nous transfigurent
On est radieux !
Compteurs Geiger en fureur
Mais nous on n’a pas peur
On est radieux !

Toute l’équipe embraie. Jean-Marie et Ludovic dansent la bourrée, pouce levé vers le haut. Les autres font une ronde autour de la table de réunion. On comptera les neutrons demain.

Vendredi 4 janvier, 12h

L’IRSN met en ligne un premier rapport de synthèse sur les conséquences de l’accident. Extraits :

– « Pendant les premières vingt-quatre heures de l’accident, les rejets, consistant essentiellement en effluents gazeux, ont été repoussés par le vent d’ouest dominant vers l’Allemagne. En revanche, à partir de la deuxième journée, les précipitations ont rabattu les rejets gazeux dans la zone environnant le site nucléaire. Les jours suivants, des rejets liquides se sont ajoutés, d’abord dûs aux fuites d’eau contaminée, puis à l’écoulement hors de la cuve d’une fraction du corium du réacteur n°1. Ce curium a percé le radier et a atteint le sol environnant, sans que l’on puisse préciser dans quelle mesure la nappe phréartique a été touchée… »

– « L’IRSN a estimé les rejets d’iodes radioactifs de l’ordre d’une cinquantaine de PBq (pétabecquerels, soit 10 puissance 15 Bq), c’est-à-dire environ un quart de Fukushima et quarante fois moins que pour l’accident de Tchernobyl. Au sein de cette catégorie, l’iode 131 constitue l’un des radionucléides les plus significatifs en terme d’impact environnemental et dosimétrique ; son rejet est estimé actuellement par l’IRSN à 37 Pbq. L’iode 132, et dans une moindre mesure l’iode 133, ont également pris une part significative dans les rejets d’iodes radioactifs (activités respectivement de 12 PBq et de 3 PBq estimées par l’IRSN), mais ont eu un impact plus faible dans l’environnement en raison de leurs courtes périodes radioactives (respectivement 2,3 heures et 20,8 heures). »

– « En ce qui concerne les dépôts surfacique de césium radioactif, il est encore trop tôt pour établir une cartographie précise. L’IRSN estime que la surface des zones où les dépôts sont les plus élevés (activité surfacique en césium 137 dépassant 1 million de Bq/m2) devrait être de l’ordre de 50 à 60 km2 autour de la centrale accidentée, dont au moins 15 km2 avec un dépôt dépassant 3 millions de Bq/m2. »

– « À titre provisoire, l’IRSN recommande de maintenir une zone d’exclusion minimum correspondant à un cercle de 15 kilomètres autour du site de Fessenheim, zone qui pourra être étendue si la cartographie ultérieure montre qu’elle est insuffisante… »

– « En ce qui concerne les populations, seule une étude épidémiologique permettra de déterminer précisément le nombre de personnes exposées à des doses présentant un risque significatif en terme sanitaire. Il est important de noter à cet égard que s’il y a peu d’habitants dans un rayon de 5 km autour du site de Fessenheim, ce même site est entouré de plus d’un million d’habitants dans un rayon de 30 km. Cette situation est différente de celle des zones de Fukushima et de Tchernobyl, qui comptaient respectivement 173 000 et 135 000 habitants dans un rayon de 30 km. »

Samedi 27 décembre 2014, un an après l’accident, 9h

Dans son logement HLM tout neuf de Colmar, la famille Schmid attaque le petit déjeuner. Pierre a une blague, entendue à l’école :

– Est-ce qu’on peut manger les prunes de Fessenheim ? Aucun problème, faut juste enterrer le noyau assez profond.

10h

À Paris, Côme Dupuis et Nouria Chalabi, l’ex-pharmacienne de Fessenheim, qui se sont mariés récemment, viennent de s’installer dans un superbe appartement près du Panthéon. Nouria a revendu sa pharmacie et s’est mise en congé jusqu’à nouvel ordre. Le jeune énarque a connu une promotion éclair après son brillant comportement pendant l’accident de la centrale. Dédaignant l’inspection des finances, il a choisi un poste au ministère de l’environnement. Peut-être pas le plus porteur en termes de carrière, mais intéressant.

12h

À la centrale de Fessenheim, Jean-Marie B. s’apprête à aller déjeuner avec Ludovic. Ils travaillent toujours à la mise en état sûr de l’installation. Il faudra encore des mois, sinon davantage, avant de pouvoir accéder aux réacteurs et extraire le combustible fondu. Sim n’est plus de la partie : un examen médical a diagnostiqué une leucémie. Il est à l’hôpital de Colmar. Son moral est bon.

13h

Au journal de TF1, Eric Besson, invité en tant que nouveau ministre de l’industrie, se félicite de l’état d’avancement des travaux de remise de la centrale de Fessenheim dans un état sûr. Il annonce aussi que le chantier de l’EPR, à Flamanville, a connu une accélération au cours de l’année. Au train où il progresse, la nouvelle centrale pourrait être mise en service fin 2015.

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